Soutenance d’HDR de Marie Morelle

marie_morelleMarie Morelle a le plaisir de vous faire part de sa soutenance d’Habilitation à Diriger des Recherches.

Le 6 novembre 2013

A l’Université Nanterre Paris Ouest La Défense

Bâtiment B, salle B015 (salle René Rémond)

A 14 heures

 

Le jury sera composé de :

Michel Agier, Directeur de recherche à l’IRD, Directeur d’études à l’EHESS

Marie-Hélène Bacqué, Professeure à l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense

Jean-Louis Chaléard, Professeur à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne (rapporteur)

Guy Di Méo, Professeur à l’Université Michel de Montaigne Bordeaux 3 (rapporteur)

Laurent Fourchard, Chargé de recherche, Fondation Nationale des Sciences Politiques, Les Afriques dans le Monde (LAM), IEP de Bordeaux

Philippe Gervais-Lambony, Professeur à l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense (référent)

 

Le dossier de HDR se décline en 3 volumes :

Volume 1 « Espace et rapports de pouvoir » (itinéraire scientifique) »

Volume 2 : « Recension des principales publications »

Volume 3 « La prison et la ville » (inédit)

 

Marie Morelle

Maître de Conférences

Université Paris 1 Panthéon Sorbonne

Laboratoire Prodig

http://terrferme.hypotheses.org/

http://www.inverses.org/

 

Venez les rencontrer au colloque « L’enfermement au prisme des sciences sociales »

Djemila Zeneidi nous présente les biographies des chercheurs que nous aurons le plaisir et le privilège de rencontrer lors du colloque de Terrferme qui se tiendra à Bordeaux du 16 au 19 octobre 2013:

Lorna Rhodes : Psychiatrie, Prisons modernes, et Enfermement total

Anthropologue de l’université de Washington (Seattle), sa recherche a pour point de départ un contexte précis : le croisement de la dés-institutionalisation de la psychiatrie (diminution du nombre de structures de prise en charge des malades mentaux) et la présence croissante de personnes souffrant de maladies mentales dans les prisons. Elle  est une spécialiste reconnue de la psychiatrie (Voir son ouvrage Emptying Beds: The Work of an Emergency Psychiatric Unit 1998) et du monde carcéral. Elle a restitué dans un ouvrage remarquable Total Confinement: Madness and Reason in the Maximum Security Prison l’univers de l’enfermement absolu dans les « supermax », prisons modernes de haute sécurité aux Etats-Unis, où les détenus sont confinés pendant des jours entiers sans voir un seul individu. Elle réinterroge les effets de cette pratique sur les détenus et sur le sens de la peine, qui remet en cause  l’idée  de réinsertion, pourtant une des missions affichées de la prison.

Sarah Curtis : Comment se justifie encore la contention du patient en milieu psychiatrique ?

Professeure de géographie  à l ‘université de Durham, elle est une spécialiste internationale de la géographie de la santé.  Ses travaux portent sur les inégalités de santé. Elle est des premières et géographes à avoir travaillé sur une géographie de la psychiatrie. Elle a mené des recherches sur les soins psychiatriques en France de 1800 aux années 2000. Elle est aussi experte des politiques de santé de nombreux pays européens.

Son dernier ouvrage, Space, Place and Mental Health (Ashgate, 2010), interroge l’articulation entre l’environnement et la santé mentale. Dans ce colloque son intervention portera sur la pratique de la contention des patients et la gestion du risque dans le milieu de la psychiatrie.

Ruth Gilmore Wilson: Pourquoi et comment la prison est devenue aux Usa une peine pour les noirs ?

Don’t reform prison, abolish them (« Ne réformez pas les prisons, abolissez les). Cet appel à la fin de la prison est de Ruth Gilmore Wilson et reflète la recherche engagée de cette géographe américaine de grand renom. A la fois chercheure et activiste, elle est une grande figure du mouvement abolitionniste aux Usa. Elle a fondé avec Angela Davis (et d’autres), figure des Black Panthers militante des droits civiques, le mouvement Critical Resistance, mouvement qui lutte contre « l’industrie de la prison ».  Auteur d’un ouvrage central dans le champ des études carcérales, intitulé Golden Gulag, c’est une des premières géographes à avoir travaillé sur le sujet.

Ses études ont principalement été menées en Californie où elle a mis en évidence l’hyperincarcération, et une racialisation de cette hyperincarération, qui concerne en premier lieu les noirs. Elle a livré une analyse sans concession du recul de l’Etat providence en lien avec les mutations du capitalisme.

Andrew Jefferson : Les effets de l’enfermement sur les sujets  

Psychologue, chercheur au Dignity – Danish Institute against Torture de Copenhage, ses travaux portent sur la violence,  le recours à l’incarcération et le vécu de l’enfermement dans des situations de post-conflits. Ses terrains sont l’Afrique de l’ouest, en particulier le Nigeria et la Sierra Leone, ainsi que  les Philippines. Il établit des comparaisons entre vie en prison et vie dans les ghettos. Lors du colloque, il s’intéressera aux effets de l’enfermement sur les sujets. Il est également co-fondateur du GLOBAL PRISONS RESEARCH NETWORK, réseau de chercheurs et de militants dont la mission est de contribuer au développement et à la diffusion des travaux sur l’enfermement dans d’autres aires culturelles que l’Europe de l’ouest et l’Amérique du nord.

Kelly Gillespie : La prison post apartheid, vers la fin de la ségrégation ?

Anthropologue de l’Université de Witwatersrand à Johannesburg, le travail de Kelly Gillespie porte sur une analyse des périodes de l’apartheid et post-apartheid à travers la prison. Lors du colloque, elle s’intéressera à une prison particulière construite par un cabinet d’architectes noirs, la première prison post-l’apartheid. Elle livre, à partir de l’étude attentive des plans de ces architectes et aménageurs, la volonté d’inaugurer une nouvelle ère. Mais la chercheure démontrera que malgré de significatives avancées, il n’est pas simple de démanteler un système ségrégationniste.

Dominique Moran : Russie, des goulags aux prisons actuelles

Professeure de géographie à l’Université de Birmingham, Dominique Moran a d’abord travaillé sur les femmes et les prisons en Russie. Elle est une des principales animatrices d’un nouveau courant en géographie : la « carceral geography ». Ce courant cherche à penser ensemble centres de rétention pour migrant et prisons. Son dernier ouvrage collectif explique pourquoi et comment se pensent ensemble ces différents espaces (avec Nick Gill et Deirdre Conlon,  Carceral Spaces: Mobility and Agency in Imprisonment and Migrant Detention, Ashgate 2013).

Gilles Chantraine : Les horizons du projet punitif

Sociologue chargé de recherche au Clersé – Cnrs (Lille 1). Il est l’auteur de l’ouvrage Par-delà les murs: expériences et trajectoires en maison d’arrêt, (prix Le Monde de la recherche universitaire et prix spécial de l’Association française de criminologie en 2004). Il est également l’auteur d’un rapport sur la détention des mineurs (2011). Son travail porte sur l’expérience carcérale saisie à partir des trajectoires individuelles. Un des apports majeurs de son travail réside dans la mise en évidence de l’enfermement carcéral comme une peine sociale qui excède la peine judiciaire.

Olivier Razac : Le bracelet électronique, une alternative néolibérale à l’enfermement.

Professeur de philosophie à l’Ecole Nationale de l’Administration Pénitentiaire (Agen), Olivier Razac est l’auteur d’un ouvrage passionnant sur l’histoire du barbelé : Histoire politique du barbelé. La prairie, la tranchée, le camp (Ed La Fabrique). Il y dresse la trajectoire de politisation de cet objet et une lecture sociologique et historique de la période contemporaine. Spécialiste des travaux de Michel Foucault, il mène des recherches sur les alternatives à l’enfermement, tel le bracelet électronique. Cette orientation s’articule selon lui à une politique néolibérale qui fait du détenu un contractuel, partenaire dans l’exécution de sa peine.

Olivier Clochard : l’Europe des camps

Chercheur Cnrs (Migrinter Poitiers), président de Migreurop (Observatoire des frontières), membre d’un programme de recherche sur les usages et dispositifs contemporains de l’enfermement, piloté par Bénédicte Michalon (Cnrs, Adess) il est l’auteur de nombreuses études sur la rétention en Europe, à Chypre, Malte, et de l’Atlas des migrants, Une géographie critique des politiques migratoires (Armand colin, 2012). Sa dernière enquête porte sur l’enfermement des migrants à bord des navires et dans les ports.

Colloque “L’enfermement au prisme des sciences sociales” – octobre 2013

L’enfermement au prisme des sciences sociales : Rapprocher les lieux, confronter les approches

Confinement viewed through the prism of the social sciences: Contrasting facilities, confronting approaches

Colloque international organisé dans le cadre du programme TerrFerme (Les dispositifs de l’enfermement. Approche territoriale du contrôle politique et social contemporain)

 An international symposium organized by the TerrFerme research project (Mechanisms of confinement. A territorial approach to contemporary political and social control)

 ADESS (CNRS – Université de Bordeaux)

ADESS (CNRS – University of Bordeaux)

Pessac (France), 16 au 19 octobre 2013

Pessac (France), 16 to 19 October 2013

Lieu – Venue :

Maison des Suds
12, Esplanade des Antilles
33607 Pessac

Inscriptions avant le 16 octobre 2013 sur http://terrferme13.sciencesconf.org/resource/page?id=7&lang=fr

Registration online before 16 October 2013 at http://terrferme13.sciencesconf.org/resource/page/id/7

Conférence avec traduction simultanée / Conference with translation

 Mercredi 16 octobre 2013 – Wednesday 16 October 2013

16h : Accueil des participants – Registration of participants

16h30 – 17h : Ouverture du colloque – Opening speech: Denis Retaillé (Directeur du laboratoire Adess – Director of the Adess Research Centre); Michel Pernot (Vice-président du Conseil Scientifique de l’Université Bordeaux 3 –Vice Director of the Bordeaux 3 University Scientific Council)

17h – 19h30 : Modération et traduction / Chair and translation: Olivier Clochard (Migrinter, Cnrs/Univ. Poitiers), Olivier Milhaud (ENeC, Cnrs/Univ. Paris IV)

Projection du film A l’ombre de la République et débat avec la réalisatrice Stephane Mercurio et Michel Clémot (Contrôleur Général des Lieux de Privation de Liberté) – Screening of the film A l’ombre de la République (In the shadow of the Republic, french version with English subtitle) and debate with the film-maker Stephane Mercurio and Michel Clémot (General Inspector of Places of Deprivation of Liberty)

 19h30 – 20h30   Pot d’accueil – Drinks reception

Jeudi 17 octobre 2013 – Thursday 17 October 2013

9h00 – 9h30 :  Introduction au colloque – Introduction to the conference: Bénédicte Michalon, Djemila Zeneidi (Adess, Cnrs/Univ. Bordeaux)

 9h30 – 10h45 :Sarah Curtis (Durham University)

‘Compassionate containment’? Balancing technical safety and therapy in the design of psychiatric wards

La ‘contention bienveillante’ ? Des services de psychiatrie entre mission thérapeutique et sûreté

 10h45-11h15   Pause café – Coffee Break

 Le continuum carcéral – The Carceral Continuum

 11h15 – 13h00            Modération / Chair:      Olivier Milhaud (ENeC, Cnrs/Univ. Paris IV)

–          Emmanuel Chauvin, Marie Morelle (Prodig, Cnrs/Univ. Paris 1)

Des prisons et des camps de réfugiés : des modèles d’enfermement au service de la gestion des territoires ?

Managing territories through confinement? Prisons and refugee camps in Chad and Cameroon

–          Nathalie Bernardie-Tahir (Geolab, Cnrs/Univ. de Limoges), Camille Schmoll (GeographieCités, Cnrs/Univ. Paris 7)

Enfermer les migrants indésirables : les échelles de l’enfermement en contexte insulaire (Malte)

Enclose unwanted migrants: scales of confinement in an island context (Malta)

–          Lucie Bony (Lavue, Cnrs/Univ. Paris 10)

L’incarcération dans les trajectoires individuelles : comment le passé résidentiel agit-il sur les manières d’habiter et de cohabiter en prison ?

Incarceration and biographical trajectories: how does the residential past influence the way to live and coexist in prison?

12h20 – 13h : Commentaire et discussion / Comments and Discussion:

Georg Glasze (Univ. Erlangen-Nürnberg), Olivier Milhaud (ENeC, Cnrs/Univ. Paris IV)

13h – 14h15      Déjeuner – Lunch

 Espace et pouvoir – Space and Power

 14h15 – 15h15 : Modération / Chair:      Marie Morelle (Prodig, Cnrs/Univ. Paris 1)

–          Kelly Gillepsie (Univ. Witwatersrand, Johannesburg)

A post-apartheid prison ?

Une prison post-apartheid?

–          Barbara Bauduin (Univ. Grenoble, Centre Marc Bloch Berlin), Nicolas Fischer (Cesdip, Cnrs/Univ. Versailles – Saint Quentin en Yvelines)

Retenir sans détenir : jeux et enjeux d’architecture

Detention without punishment: Issues and debates on administrative confinement architectures

–          Marine Bobin (Lisst, Cnrs/Univ. Toulouse Le Mirail)

Construire des prisons chez les Navajos : vers une « indigénisation » de la prison

Building jails in Navajo territory: toward an “indigenous” prison

15h15 – 16h :  Commentaire et discussion / Comments and Discussion :

Olivier Razac (Ecole Nationale de l’Administration Pénitentiaire, Agen)

 16h – 16h30  Pause café – Coffee Break

16h30 – 18h15             Modération / Chair:     Camille Lancelevée (Iris, EHESS, Centre Marc Bloch Berlin)

 –          Alain Morice (Urmis, Cnrs/Univ. Paris 7)

Le confinement des travailleurs saisonniers étrangers en Europe: propositions pour un modèle comparatif

Confining seasonal workers in Europe: some proposals for a comparative model

–          Lilian Ayete-Nyampong (Wageningen Univ.)

Underlife of a total institution: Ethnography of confinement sites in Ghana for juvenile and young offenders

La vie clandestine d’une institution totale : ethnographie de lieux d’enfermement pour adolescents et jeunes délinquants au Ghana

–          Anna Schliehe (Univ. of Glasgow)

Re-discovering Goffman : Contemporary carceral geography and the ‘total’ institution

Re-découvrir Goffman : la géographie carcérale contemporaine et l’institution « totale »

17h30 – 18h15                Commentaire et discussion / Comments and Discussion : André-Frédéric Hoyaux (Adess, Cnrs/Univ. Bordeaux)

 Vendredi 18 octobre 2013 – Friday 18 October 2013

 Pluralité des acteurs de l’enfermement et mise en tension des institutions – Institutions facing the diversity of the actors of confinement

 9h00 – 11h30 : Des professionnels en lieu clos

Professionals in confinement settings

Modération / Chair:      Mathilde Darley (Centre Marc Bloch Berlin, Cnrs)

–          Nicolas Sallée (Département de sociologie, Université de Montréal)

Au bord de l’incarcération. Les éducateurs de la Protection Judiciaire de la Jeunesse à l’épreuve de leur intervention en centres éducatifs fermés

At the edge of the prison. A study of educational practices in French juvenile closed centres

–          Arnaud Frauenfelder (Univ. of Applied Sciences Western Switzerland, Genève), Eva Nada (Univ. Neuchatel), Géraldine Bugnon (Univ. Genève)

« Pluridisciplinarité et ouverture sur l’extérieur » : des agents d’encadrement à l’épreuve d’une réforme d’une prison pour mineurs

“Multidisciplinarity and outward orientation”: managerial staff challenged by juvenile prison reform

–          Camille Lancelevée (Iris, EHESS Paris, Centre Marc Bloch Berlin)

Quand la prison annexe l’hôpital ? La place des soins psychiatriques en milieu pénitentiaire en France

When prison encroaches upon hospital? Psychiatric care in the French prison system

–          Adelaïde Bargeau (Sage, Cnrs/Univ. de Strasbourg)

La réforme de la garde à vue : la fin du « huis clos policier » ?

The effects of the french police custody reform on interrogation conditions

10h40 – 11h20                Commentaire et discussion / Comments and Discussion :

Gilles Chantraine (Clersé, Cnrs/Univ. Lille 1), Mathilde Darley (Centre Marc Bloch Berlin, CNRS)

11h20 – 11h45  Pause café – Coffee Break

 11h45 – 13h15            (Dé)construire l’ordre – (De)constructing order

Modération / Chair:      Gilles Chantraine (Clersé, Cnrs/Univ. Lille 1)

–          Yasmine Bouagga (IRIS, EHESS Paris)

Le droit à la conquête des territoires d’enfermement ? Questions sur de paradoxales circulations et usages du droit dans les lieux de privation de liberté, à partir du cas de la prison

Can legal rights conquer places of confinement? Questions on paradoxal circulations and uses of law in prison

–          Benoît Eyraud (Centre Max Weber, Cnrs/Univ. Lyon2), Livia Velpry (Univ. Paris 8)

Malades difficiles et détenus souffrants : différences et similarités du rôle de l’enfermement dans le soin psychiatrique spécialisé

Difficult patients and suffering prisoners. The role of confinement in specialized psychiatric care

–          Fabrice Fernandez (IRIS, EHESS Paris)

Humaniser la sanction ? Le traitement carcéral de l’indiscipline

Humanizing punishment? The carceral treatment of indiscipline

–          Grégory Salle (Clersé, Cnrs/Univ. Lille 1)

La marchandisation de la gestion carcérale en France et en Allemagne : esquisse de généalogie comparée

Can we speak of a commodification of European prison systems? France and Germany compared

12h45 – 13h15 : Commentaire et discussion / Comments and Discussion:

Carolina Kobelinsky (École des hautes études hispaniques et ibériques, Casa de Velázquez, Madrid)

13h15 – 14h30  Déjeuner – Lunch

 L’enfermement à l’épreuve des inégalités. Production de l’altérité et assignations identitaires – Confinement and Inequality. Production of Otherness and Identity Assignements

14h30 – 16h15 : Modération / Chair: Tristan Bruslé (Centre d’Etudes Himalayennes, Cnrs)

–          Jérémie Gauthier (Centre Marc Bloch, Berlin)

Contrôler, vérifier et garder à vue. Effets sociaux des pratiques policières d’immobilisation et d’enfermement

Check, search and custody measures. Social effects of law enforcement practices

–          Elise Roche (Evs, Cnrs/Insa de Lyon,)

Construire contre l’enfermement. Le village d’insertion Rom : l’hébergement au risque des logiques carcérales

Building against confinement: the case of Roma people’s shelters

–          Camille Boutron (Ifea Lima, Ird)

Incarcération politique et trajectoires militantes féminines. L’espace carcéral comme enjeu de contrôle social et de mobilisation politique des femmes au Pérou (1980 – 2010)

Political incarceration and female combatant careers. Prison space as a challenge for the social control and the political mobilization of Peruvian women (1980- 2010)

15h30 – 16h15Commentaire et discussion / Comments and Discussion: Andrew M. Jefferson (Dignity – Danish Institute against Torture, Copenhagen)

16h15 – 16h45 Pause café – Coffee Break

16h45 – 18h05             Modération / Chair: Carolina Kobelinsky (École des hautes études hispaniques et ibériques, Casa de Velázquez, Madrid)

–          Louise Tassin (Urmis, Cnrs/Univ. Nice)

Le clandestin tunisien et le réfugié africain. Catégories et discriminations dans le centre fermé de Lampedusa (Italie)

The undocumented Tunisian and the African refugee. Categories and discriminations in the detention centre of Lampedusa(Italy)

–          Aurore Mottet (Urmis, Cnrs/Univ. Nice)

Rapports interethniques en situation d’enfermement : le « penser ethnique » des organisations humanitaires

Ethnic relations in confinement: the “ethnic-thinking” of humanitarian associations

–          Andrew M. Jefferson (Dignity – Danish Institute Against Torture, Copenhagen)

Confinement and Subjectivity – sites, embodied practices and entangled encounters

Confinement et Subjectivité – sites, pratiques incorporées et relations entrecroisées

18h05 – 19h     Commentaire et discussion / Comments and Discussion :

Tristan Bruslé (Centre d’Etudes Himalayennes, Cnrs)

Samedi 19 octobre 2013 – Saturday 19 October 2013

 Mobilités et enfermement – Mobilities and confinement

9h – 11h15      Modération / Chair: Olivier Clochard (Migrinter, Cnrs/Univ. Poitiers)

–          Lauren Martin (Univ. of Oulunyliopisto, Finland)

Detention and the Production of Migrant Precarity

Rétention et précarisation du migrant

–          David Scheer (Université Libre de Bruxelles)

Circulations internes en établissement pénitentiaire : à la recherche du disciplinaire manqué ?

Internal flows in prison: the quest to the missed discipline?

–          Caroline Touraut (Centre Max Weber Lyon, Ined)

Trajectoires et mobilités des détenus âgés en France

Old prisoners’ constrained mobility. The case of French prisons

–          Fleur Guy (Evs, Cnrs/Univ. Lyon 2)

De la porte ouverte aux barbelés, usages de la contrainte spatiale dans les foyers de placement pour adolescents

From open doors to barbed wire: the use of spatial constraints in teenage foster institutions

10h20 – 11h15                Commentaire et discussion / Comments and Discussion:

Dominique Moran (Univ. of Birmingham), Olivier Clochard (Migrinter, Cnrs/Univ. Poitiers)

11h15 – 11h30  Pause café – Coffee Break

 11h30 – 12h45            Lorna Rhodes (Univ. of Washington, Seattle)

Thinking through the institutional interior

Penser l’intérieur de l’institution

 12h45 – 13h15            Conclusion du colloque – Concluding discussion

 13h15 – 14h15  Déjeuner – Lunch

 Coordination – Coordination:

Bénédicte Michalon, Adess (Cnrs/Univ. Bordeaux), coordinatrice du programme TerrFerme – coordinator of the TerrFerme project

Djemila Zeneidi, Adess (Cnrs/Univ. Bordeaux)

Comité scientifique – Academic Commitee :

Tristan Bruslé, Centre d’Etudes Himalayennes (Cnrs), TerrFerme
Gilles Chantraine, Clersé (Cnrs/Univ. Lille 1)
Olivier Clochard, Migrinter (Cnrs/Univ. Poitiers), TerrFerme
Sarah E. Curtis, Department of Geography, Durham University
Mathilde Darley, Cnrs, Centre Marc Bloch Berlin, TerrFerme
Andrew M. Jefferson, Dignity – Danish Institute Against Torture, Copenhagen
Carolina Kobelinsky, École des hautes études hispaniques et ibériques, Casa de Velázquez, Madrid
Camille Lancelevée, IRIS (EHESS), Centre Marc Bloch Berlin
Bénédicte Michalon, Adess (Cnrs/Univ. Bordeaux), TerrFerme
Olivier Milhaud, ENeC (CNRS/Univ. Paris IV), TerrFerme
Dominique Moran, School of Geography, Earth and Environmental Sciences, Univ. of Birmingham
Marie Morelle, Prodig (CNRS/Univ. Paris 1), TerrFerme
Olivier Razac, Ecole Nationale de l’Administration Pénitentiaire, Agen
Lorna A. Rhodes, Department of Anthropology, University of Washington, Seattle
Djemila Zeneidi, Adess (Cnrs/Univ. Bordeaux)

Comité d’organisation – Organisation Commitee :

Caroline Abela, Adess (Cnrs/Univ. Bordeaux), TerrFerme
Charles-Antoine Arnaud, Adess (Cnrs/Univ. Bordeaux)
Laurent Cruchon, Adess (Cnrs/Univ. Bordeaux)
Marie-Bernadette Darignac, Adess (Cnrs/Univ. Bordeaux)
Olivier Pissoat, Adess (Cnrs/Univ. Bordeaux), TerrFerme
Pierre-Yves Saillant, Adess (Cnrs/Univ. Bordeaux)
Frédéric Thion, Adess (Cnrs/Univ. Bordeaux), TerrFerme
Sylvie Vignolles, Adess (Cnrs/Univ. Bordeaux) TerrFerme
Et l’ensemble de l’équipe TerrFerme – And the TerrFerme team (Tristan Bruslé, Olivier Clochard, Mathilde Darley, Bénédicte Michalon, Olivier Milhaud, Marie Morelle, Djemila Zeneidi)

Le site du colloque – The website of the conference: http://terrferme13.sciencesconf.org/

La prison centrale de Yaoundé : l’espace au coeur d’un dispositif de pouvoir

logo_armand_colinMarie Morelle a publié un article dans le dernier numéro des Annales de Géographie, des éditions Armand Colin:

La prison centrale de Yaoundé : l’espace au coeur d’un dispositif de pouvoir” Annales de Géographie, n°691, juin 2013, pp. 332-356.

Cet article traite du fonctionnement interne de la prison centrale de Yaoundé (Cameroun). Construite en 1968 pour accueillir 1 000 prisonniers, celle-ci abrite environ 4 000 détenus, répartis de manière très inégalitaire. De tels effectifs influent sur les processus de contrôle de l’espace carcéral. On constate l’émergence d’une gestion de la prison fondée sur une double hiérarchie dans le travail de surveillance : les gardiens exercent leur contrôle sur les détenus tout en déléguant une partie de cette tâche à certains prisonniers. Selon un système de don-contre-don, des détenus accèdent ainsi à de relatifs privilèges durant leur incarcération. Ils surveillent des espaces et des seuils au sein de la prison : ils en tirent une rente et un statut. D’autres prisonniers encore ont recours à la corruption des agents de l’administration pénitentiaire. Des logiques informelles de régulation et de pacification de l’espace carcéral côtoient ainsi des pratiques plus formelles. Ensemble, elles produisent un dispositif de pouvoir, garant du maintien de l’ordre en prison. Cet article étudie les rapports de pouvoir entre les personnels de l’Administration pénitentiaire et les détenus d’une part, et entre les détenus d’autre part, dans leur dimension spatiale, en étudiant en particulier les circulations internes à la prison centrale de Yaoundé.

Non-Lieux de l’exil

Marie Morelle participera au séminaire Non-Lieux de l’exil qui aura lieu le 22 mai prochain (10h-12h30, salle 638-640, 190 av. de France 75013 Paris; M°Quai de la gare, bus 89). Elle y sera discutante, avec Sébastien Ledoux (Paris I), de l’intervention d’Octave Debary (Université Paris-Descartes) sur le thème  “Objets perdus, mémoires retrouvées : Jochen Gerz et l’art contemporain”.

Les Rencontres interdisciplinaires “Non-Lieux de l’exil” sont organisées par le programme scientifique du même nom (Fondation Maison des sciences de l’homme, Paris) avec la collaboration du groupe de recherche POexil (Université de Montréal), du Réseau Asie – Imasie (FMSH / CNRS) et du Cardiff Research Group on Politics of Translating (Cardiff University) ainsi que des Editions Non-lieu (Paris).

Les actualités de ces rencontres sont sur:

http://fr-fr.facebook.com/NonLieuxDelExil

et sur le carnet : http://nle.hypotheses.org/

Inscription recommandée auprès de : marine.sam@cnrs.fr

Parution : Carceral Spaces. Mobility and Agency in Imprisonment and Migrant Detention

Ashgate_LogoBénédicte Michalon et Olivier Milhaud viennent de contribuer à l’ouvrage Carceral Spaces. Mobility and Agency in Imprisonment and Migrant Detention, coordonné par Dominique Moran, Nick Gill et Deirdre Colon et publié chez Ashgate. Cet ouvrage marque l’essor très récent d’une géographie des lieux de privation de liberté, et questionne plus spécifiquement l’emprisonnement et le placement d’étrangers en rétention administrative à partir de la mise à l’écart, des actions et des mobilités provoquées par l’enfermement.

A partir du cas roumain, l’article de Bénédicte Michalon éclaire la manière dont les mobilités participent des relations de pouvoir qui caractérisent le dispositif de rétention, en analysant tant la gestion des déplacements internes aux centres que les mobilités externes induites par le placement dans ces lieux de privation de liberté (« Mobility and Power in Detention : The Management of Internal Movement and Governmental Mobility in Romania », pp.37-55).

Olivier Milhaud a co-écrit, avec Dominique Moran, la contribution intitulée « Penal Space and Privacy in French and Russian Prisons » (pp.167-182). Ils y questionnent, à partir d’une comparaison franco-russe, les répercussions de l’organisation spatiale des lieux d’incarcération sur la capacité d’action des détenus, et plus particulièrement sur ce qui relève de leur intimité.

Quatrième de couverture : This book draws together the work of a new community of scholars with a growing interest in carceral geography: the geographical study of practices of imprisonment and detention. It combines work by geographers on ‘mainstream’ penal establishments where people are incarcerated by the prevailing legal system, with geographers’ recent work on migrant detention centres, where irregular migrants and ‘refused’ asylum seekers are detained, ostensibly pending decisions on admittance or repatriation. Working in these contexts, the book’s contributors investigate the geographical location and spatialities of institutions, the nature of spaces of incarceration and detention and experiences inside them, governmentality and prisoner agency, cultural geographies of penal spaces, and mobility in the carceral context. In dialogue with emergent and topical agendas in geography around mobility, space and agency, and in relation to international policy challenges such as the (dis)functionality of imprisonment and the search for alternatives to detention, this book presents a timely addition to emergent interdisciplinary scholarship that will prompt dialogue among those working in geography, criminology and prison sociology (http://www.ashgate.com/isbn/9781409442684).

Dominique Moran, Nick Gill, Deirdre Colon (Ed.), Carceral Spaces. Mobility and Agency in Imprisonment and Migrant Detention, Farnham, Ashgate, avril 2013, 250 p.

L’intervention religieuse auprès d’étrangers placés en rétention

Mathilde Darley , vient de publier cet article dans la revue Genre, sexualité & société:

“« Trouvez-vous une femme ici et tout s’arrangera… ». L’intervention religieuse auprès d’étrangers placés en rétention “, Genre, sexualité & société [En ligne], 8 | Automne 2012, mis en ligne le 01 décembre 2012, Consulté le 13 février 2013. URL : http://gss.revues.org/index2523.html ; DOI : 10.4000/gss.2523

L’enquête ethnographique entreprise aux côtés d’aumôniers en charge du conseil spirituel et juridique aux étrangers en situation irrégulière dans un centre de rétention allemand visait à saisir et interpréter les logiques motivant leur décision de déployer ou non une relation d’assistance avec les retenus rencontrés. L’analyse développée ici à partir des observations collectées révèle notamment comment, à la socialisation religieuse des acteurs, se greffent d’autres régimes de normes, juridiques et moraux, mais aussi relatifs aux rapports sociaux de sexe. La centralité de normes « familialistes » invite en particulier à s’interroger non seulement sur le rôle des normes de genre et/ou de sexualité dans les mécanismes d’ordonnancement des retenus par les aumôniers, mais aussi sur le positionnement de ces derniers par rapport aux normes familiales et conjugales dominantes – elles-mêmes fortement marquées, en Allemagne plus que dans d’autres pays européens peut-être, du sceau de l’Eglise.

Enfermer pour faire circuler, faire circuler pour enfermer. Les centres de rétention pour étrangers en Roumanie

Bénédicte Michalon est invitée à présenter ses recherches dans le cadre des journées « Et l’immobilité dans la circulation ? ». Organisées par l’UMR Migrinter et l’axe Mobilités, Identités et Territoires du Collège International des Sciences du Territoire, elles auront lieu à Migrinter les 19 et 20 novembre 2012.

Ces journées ont pour objectif de revenir sur les articulations entre mobilité et immobilité : voici ce qu’en dit le texte de présentation.

« Depuis les années 1980, plusieurs avancées conceptuelles en sciences sociales francophones ont permis de mieux décrire les caractéristiques sociales, spatiales et temporelles de la circulation des individus et des groupes sociaux. D’un point de vue social, des recherches ont rattaché la circulation des individus à des logiques familiales, à l’instar de la notion de système résidentiel familial. D’un point de vue spatial, démographes et géographes ont souligné à travers les notions d’«espace de vie », de «multilocalité» ou d’«habiter polytopique», les limites d’une approche de la mobilité spatiale définie par un lieu de résidence unique. Enfin, les approches biographiques de la mobilité ont mis au jour, pour de nombreux individus, des successions de périodes d’immobilités et de mobilités.

Les multiples approches de la circulation montrent que «mobiles» et «immobiles» sont bien loin de constituer des catégories cloisonnées. D’une part, des individus peuvent passer d’un état à l’autre à différentes périodes de leur existence. D’autre part, les immobiles prennent autant part à la circulation que les mobiles. La circulation des uns serait alors un moyen d’assurer le maintien des autres en un lieu et, réciproquement, un lieu d’ancrage solide permettrait de pérenniser une pratique de circulation.

L’objectif de ces journées est de réunir des chercheurs travaillant sur des terrains variés (au Nord comme au Sud) et intéressés par les questions suivantes :

  • A quel(s) groupe(s) sociaux (familiaux, communautaires, diasporiques, professionnels etc.) rattacher la circulation ?
  • Comment «circulation» et «immobilité» se négocient, se partagent, s’organisent entre les membres d’un groupe ?
  • Comment la circulation conditionne ou menace la cohésion des groupes ?
  • Comment la circulation évolue-­t-­elle, plus globalement, en fonction des mutations économiques, sociales et politiques ?

Il s’agit de remettre à l’ordre du jour ces questionnements déjà anciens afin d’ouvrir des dialogues entre disciplines, champs thématiques (migrations internationales, mobilités résidentielles, mobilités professionnelles, sociologie et démographie de la famille) et spécialistes de différentes régions du globe. L’étude des «mobiles» est privilégiée dans la plupart des travaux. L’objectif de ces journées consiste à mieux comprendre le(s) rôle(s) spécifique(s) des «immobiles» afin de mieux interroger les rapports entre mobilité et immobilité.

La communication de Bénédicte Michalon, intitulée, « Enfermer pour faire circuler, faire circuler pour enfermer. Les centres de rétention pour étrangers en Roumanie », s’inscrira dans un atelier sur l’immobilité forcée (en prison, établissement pour mineurs, centre de rétention s) et ses liens à la mobilité. A partir de ses recherches menées en Roumanie sur le dispositif de rétention administrative des étrangers, sa communication cherchera à creuser les imbrications de l’immobilité et de la mobilité qui caractérisent ces lieux de privation de liberté, car ceux-ci ont pour vocation première d’interférer sur les circulations, de les cadrer spatialement et socialement, voire de les interrompre. En ce sens, la rétention consiste en une assignation à l’immobilité, dont la vocation est de contrarier, voire d’empêcher la liberté de mouvement. Or, l’existence même des lieux de rétention et leur fonctionnement reposent sur aussi des formes spécifiques de mise en mobilité, la plus évidente étant l’expulsion censée justifier le placement en rétention. Il s’agira donc de cerner comment mobilité et immobilité font partie intégrante des rapports de pouvoir, par nature dissymétriques, établis entre l’institution enfermante et ses représentants -le personnel des centres- et les étrangers enfermés.

Les autres billets du carnet sur les terrains de Benedicte Michalon en Roumanie: lire les billets.

 

 

Approcher les institutions : le chercheur face à la contrainte

L’équipe TerrFerme est invitée à présenter ses recherches dans le cadre du groupe de travail “Traitements et contraintes” mis en place à la rentrée universitaire 2012 par une équipe de jeunes chercheurs de l’EHESS. Ce groupe de travail entend prolonger les réflexions développées dans le cadre du colloque Traitements et contraintes : approches empiriques des dispositifs institutionnels qui s’était tenu à Paris les 13 et 14 juin 2012.

La première séance du groupe de travail aura lieu le 21 novembre 2012 et sera  consacrée au thème “Approcher les institutions : le chercheur face à la contrainte”. Elle fournira l’occasion à Mathilde Darley de revenir sur la méthodologie déployée pour enquêter sur les différents lieux d’enfermement étudiés dans le cadre du projet de recherche. La présentation s’appuiera sur l’article collectif rédigé au printemps 2012 par les membres de TerrFerme et intitulé « Les lieux d’enfermement : méthodologie de la contrainte » : celui-ci s’attache à analyser une expérience collective d’enquêtes ethnographiques réalisées dans trois types de lieux de confinement (prisons, centres de rétention pour étrangers, logements fermés pour main-d’œuvre étrangère), soit dans des contextes marqués par une clôture plus ou moins prégnante et un fort contrôle institutionnel.

Il s’agit d’abord de s’interroger sur la démarche adoptée pour accéder à ces lieux a priori fermés à l’enquêteur, sur les contraintes rencontrées et les formes d’adaptation élaborées pour y répondre. L’article revient ensuite sur la pérennisation du dispositif d’enquête : une fois à l’intérieur des murs, le chercheur reste en effet tributaire de la fermeture et des rapports de pouvoir inhérents à ces espaces. Au final, il apparaît que la contrainte qui pèse sur ceux qui sont enfermés (détenus, étrangers en attente d’expulsion, travailleurs migrants) s’exerce aussi en permanence sur le chercheur. Les lieux de confinement sont marqués par des rapports de pouvoir dissymétriques dont l’enquêteur ne peut s’extraire. La complexité de l’entreprise ethnographique réside alors dans la capacité à saisir le caractère mouvant, fluctuant de ces rapports de pouvoir, perpétuellement recomposés.

 

Majid Eazadi : près de 5 années derrière les barreaux à Chypre

Vue sur la prison centrale de Nicosie à l’intérieur de laquelle se situe Block Ten

Par Olivier Clochard:

Juillet 2011. Je revois Madjid à Nicosie, nous nous sommes donné rendez-vous devant l’immeuble de l’association Kisa. En provenance de la rue piétonne Ledra street, il marche d’une manière déterminée, à coté du trottoir. En me voyant, il me fait des grands signes de la main. Arrivé à ma hauteur, il m’embrasse et d’une accolade très chaleureuse, il me remercie à plusieurs reprises. Puis il me demande si tout va bien, la famille, le voyage et le séjour à Chypre. Nous ne traînons pas car sa voiture située de l’autre côté de Ledra street, est mal stationnée. Après quelques minutes, nous montons dans une voiture qu’il a empruntée à son ami qui vit avec lui dans sa maison à Limassol. Il ne cesse de parler, de ses difficultés administratives, de son avenir. Il ne connaît pas la ville de Nicosie, il a toujours vécu à Limassol à l’exception des trois années où il a été maintenu dans le centre de rétention de Block Ten. Il roule à travers Nicosie sans savoir exactement où nous allons. Après avoir emprunté rues, boulevards et avenues dans la banlieue sud de Nicosie, nous reprenons la direction du centre de Nicosie. Nous nous arrêtons en bordure d’une place, dans la partie « nouvelle » de la ville. Une fois l’argent mis dans l’horodateur, nous tentons de chercher un café où nous pourrions discuter tranquillement. Madjid se ballade avec une mallette, je crois qu’à l’intérieur, il dispose d’un ordinateur portable, mais pas du tout : c’est une petite mallette où l’ensemble de sa correspondance avec l’administration est archivée. Notre recherche de café s’avère vaine, et nous décidons de reprendre la voiture pour aller dans le centre ville. Je lui indique les différentes rues à prendre, nous nous stationnons sur une place à proximité de la mosquée. Puis nous allons nous installer à la terrasse d’un bar-restaurant devant lequel je suis souvent passé sans m’y arrêter. Je prends une salade composée et Madjid prend un café glacé, c’est lui qui offre.

Kofinou

Il m’apprend qu’il est assigné à résidence à Kofinou, dans le centre d’accueil pour demandeur d’asile bien que Madjid ait été débouté de sa demande d’asile à deux reprises et qu’aujourd’hui, il n’ait pas entrepris d’autres démarches. C’est la police qui l’a transféré dans le centre à sa sortie de Block Ten. Il savait qu’il y serait conduit. Depuis sa sortie de rétention, il doit aller chaque semaine au poste de police de Kofinou, signer un document, et il doit également ne pas s’absenter plus de quarante-huit heures du centre. Il doit indiquer à chaque fois aux responsables du centre quand il sort et quand il pense revenir. Alors il ne cesse de faire des allers et retours entre le centre où il y passe une nuit sur deux environ, et sa maison à Limassol qu’il a entièrement refaite avant qu’il soit arrêté et conduit à la prison centrale de Nicosie où se situe Block Ten.

Il dit que les odeurs à proximité de Kofinou, demeurent insupportables. Les puanteurs proviennent de l’usine d’équarrissage voisine du centre. Un enfant d’une famille a du être hospitalisé il y a quelques mois, et selon lui, les malaises de l’enfant seraient dus à ces émanations. Depuis quelques semaines, les produits d’hygiène et la nourriture sont distribués aux résidents, de façon restreinte. Il parle également des agriculteurs des alentours qui viennent régulièrement à l’entrée du camp pour y recruter de la main d’œuvre. Les gens partent travailler aux aurores, en été de sept heures à vingt heures le soir. À travail égal, les salaires ne sont pas les mêmes pour tous, ils diffèrent selon la couleur de la peau des personnes. Ce comportement racial des employeurs perdure depuis des années : les personnes à la peau noire, souvent insultées par l’emploi du terme grec « mavro », sont payées entre quinze et vingt euros, les autres sont rémunérées autour de vingt-cinq euros. Madjid n’est jamais allé travailler dans les champs. Bien que les autorités lui interdisent, il dit qu’il aurait pu y aller. Il préfère aller de temps en temps travailler à Limassol sans être déclaré, cela lui permet d’avoir un peu d’argent pour ses cigarettes, ses déplacements en voiture et la nourriture. Par ailleurs, son ancien patron est prêt à le reprendre à partir du moment où les autorités chypriotes délivreront un titre de séjour à Madjid.

Durant sa période de rétention, il a toujours été maintenu à Block Ten et il n’a jamais changé de chambre. Lors de notre week-end à la plage, il me dit qu’il pourrait écrire au Guinness des records pour mentionner qu’il détient à ce jour le triste record d’avoir été maintenu en rétention en Europe, pendant plus de trois ans, dans la même cellule. C’est à se demander si les policiers n’y trouvaient pas leur compte en maintenant toujours Madjid à Block Ten, de par sa formation de mécanicien et chauffagiste, Madjid dit à plusieurs reprises avoir réparé les installations du centre (climatisation, douches, WC, etc.). Au départ, il a travaillé pendant près de deux ans à l’entretien du jardin, il n’a jamais eu accès au terrain de Basket à proximité duquel il y a Block 9, bâtiment où sont maintenus les femmes. Il dit bien qu’avec son ancienneté dans le centre, il était devenu en quelques sortes le porte-parole des prisonniers de Block Ten, toutefois chaque groupe ethnique à l’intérieur de Block Ten a son porte-parole.

Comme d’autres qui sont passés par la prison avant d’être détenus en rétention, il dit que les conditions de détention étaient meilleures lorsqu’il était enfermé dans la partie pénitentiaire de la prison de Nicosie, espace destiné aux prisonniers de droit commun et aux étrangers condamnés à une peine d’emprisonnement pour entrée ou séjour « irrégulier ». Pour lui, lorsqu’on est en prison, les personnes connaissent leur durée de détention et savent en conséquence la période à laquelle elles vont sortir. Il y a par ailleurs un cadre règlementaire, les gardiens par exemple interviennent à l’intérieur de l’espace carcéral lorsqu’il y a des différents entre les détenus, ce qui n’est pas toujours le cas à Block Ten. Le soir, il y a une heure où tout le monde doit être couché. Cette demande de limites peut paraître paradoxale pour des gens qui recherchent par tous les moyens, à être à l’extérieur. La préférence de la prison à Block Ten se joue aussi sur le terrain des périodes de promenades autorisées : en prison, il est possible chaque jour d’aller à l’extérieur du bâtiment où les prisonniers sont maintenus alors qu’à Block Ten, il est accordé au mieux aux étrangers une heure de sortie par jour. La nourriture y est également meilleure, elle est préparée par les prisonniers eux-mêmes. Autant de points qui font passer Block Ten pour un endroit pire qu’une prison. Il y a enfin le fait non négligeable qu’à Block Ten, « nous avons déjà un pied dehors, l’expulsion n’est jamais loin. Si ce n’est pas nous, ce sont des gars que tu côtoies au quotidien, et un jour, tu ne les voies plus ».

Madjid évoque les problèmes qu’il a eus avec un policier, un agent qu’il a tenté de soudoyer en lui donnant de l’argent pour qu’il sorte de rétention. Madjid dit qu’il n’est pas le seul à avoir (ou tenté d’avoir) eu recours aux services de ce policier corrompu. Bilan de l’opération : Madjid a perdu de l’argent et n’a pas été libéré pour autant. Il a porté l’affaire devant les tribunaux. Une première audience devait avoir lieu en septembre 2011, selon Madjid.

Suite à ce précédent billet, il semble que les autorités chypriotes auraient pris la décision de le libérer en mars 2011. Une dizaine d’autres personnes qui étaient maintenues depuis près de dix-huit mois, ont également été libérées. À son départ, Madjid a laissé toutes ses affaires aux autres détenus, à l’exception de ses effets personnels.

Sur la plage

Depuis Madjid me dit que chaque nuit, il se réveille, parfois c’est un cauchemar qui le sort de son sommeil. La nuit que nous passons sous la tente sur la plage, un cri viendra rompre le bruit des vagues…

En septembre 2011, j’apprends qu’il a été à nouveau incarcéré au moment où il allait pointer au commissariat (même pour un étranger qui a obtenu un titre de séjour après avoir été en situation irrégulière à Chypre, celui-ci peut être ensuite arrêté et conduit en rétention pour le seul fait d’avoir été sans papier à un moment donné de sa vie). Est-ce lié au procès qui devait avoir lieu ? Il passera plusieurs semaines, enfermé dans le commissariat de Kofinou – sans pouvoir sortir – avant d’être transféré à Block 10. Ce statut de leader qu’il avait acquis avec le temps durant la précédente période de rétention, il ne le retrouvera pas après sa nouvelle arrestation. Au-delà du fait d’être enfermé une fois de plus, le fait de revenir dans un lieu avec une position sociale différente de celle qu’il avait quand il a quitté Block Ten au printemps 2011, explique sans doute les grandes difficultés psychologiques dans lesquelles se trouve Madjid à l’automne 2011.

Octobre 2012, cela fait plus d’un an qu’il est enfermé, et près de cinq années si on fait le cumul des périodes passées derrière les barreaux. Or « Lorsqu’il apparaît qu’il n’existe plus de perspective raisonnable d’éloignement pour des considérations d’ordre juridique ou autres (…) ne sont plus réunies, la rétention ne se justifie plus et la personne concernée est immédiatement remise en liberté ». Article 15 de la Directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier. Directive que l’État chypriote a transposée.

Aujourd’hui Chypre est présidente de l’Union européenne jusqu’en décembre 2012, et Majid Eazadi est toujours derrière les barreaux. Jusqu’à quand ?

Graphique des périodes d’enfermement: Parcours_enfermement_Eazadi

Crédits photographiques: Olivier Clochard